Édito

Régis Petit

Président de l'ADGCF

« Robustesse »

« Ça va tanguer fort au 21ème siècle ». C'est par cette assertion que le biologiste Olivier Hamant a ouvert le dernier Conseil Scientifique de l'ADGCF. A l'aune de l'actualité, difficile de lui donner tort. En l'espace de quelques jours, si ce n'est de quelques heures, le Président des États-Unis a dynamité le système international érigé depuis la fin de la Guerre Froide. Comment cela a-t-il pu se produire aussi vite ? Osons une hypothèse simple. Si Donald Trump a renversé les

grands équilibres mondiaux avec une si grande facilité, c'est peut-être que l'ensemble était déjà fragilisé. Du moins, c'est ce que l'on peut penser à l'écoute d'Olivier Hamant. Pour le chercheur, si l'on veut aller au cœur du problème, ce n'est pas une crise géopolitique que nous traversons, pas une crise écologique, ni même une crise sociale, mais bien une crise culturelle. Pourquoi ? Parce que nous serions drogués à la « performance », définie comme la somme de l'efficacité et de l'efficience : via l'efficacité, on atteint son objectif, via l'efficience, avec le moins de moyens possibles. Et rechercher la performance, c'est s'inscrire dans une dynamique de compétition qui violente notre environnement, qui fait la « guerre à la vie » selon le biologiste. La quête effrénée de performance pousse en effet notre monde à la rupture. Trump ne provoque-t-il pas en grande partie la disruption de l'ordre international pour résoudre les contradictions internes de l'économie américaine, pour la rendre plus compétitive, pour retrouver un hypothétique « âge d'or » ? « Ça casse de tous les côtés » renchérit Olivier Hamant : démultiplication des mégas feux, des mégas inondations, des mégas tempêtes, des remous sociaux, en sus des tensions politiques et militaires entre pays... 

 

Comment fait-on pour habiter ce monde-là, très dégradé ? C'est la première question à se poser lorsque, comme nous, dirigeants d'intercommunalité, on œuvre dans et pour les territoires. Or, pour le scientifique, la réponse, nous l'avons sous les yeux. Les êtres vivants qui peuplent notre planète ont au cours du temps développé des recettes qui leur permettent de survivre dans un monde fluctuant. Le mot-clef qui résume leur adaptation, c'est la robustesse, entendue comme le maintien de la viabilité du système malgré les fluctuations —le roseau dans le vent—. Les êtres vivants sont robustes et ce qui est sélectionné au cours de l'évolution, c'est la robustesse.

 

Mais comment fait-on pour être robuste ? Les êtres vivants sont robustes précisément parce qu'ils ne sont pas performants avance Olivier Hamant. Ils n'ont pas d'objectifs, ils ne sont pas efficaces, ils ne sont pas efficients, ils gâchent énormément de ressources ; « la chaîne alimentaire, ça commence avec de la photosynthèse, qui a un rendement énergétique de 1 % », plaide-t-il ! Or, les êtres humains sont obsédés par la performance ; c'est seulement lorsqu'ils traversent une crise, qu'ils se posent la question de la robustesse. Les autres êtres vivants font le contraire, « ils font de la robustesse tout le temps, et quand il y a une crise, ils font de la performance, mais sur dérogation ». Ils n'excluent donc pas la performance, ils l'autorisent, mais sur un temps limité. 

 

Qu'est-ce que ça peut nous dire à nous habitants de la terre au 21ème siècle ? Sans doute qu'il faut redéfinir notre idée du progrès. Cela fait 10 000 ans que l'on a inventé l'agriculture, que l'on réduit le progrès à des gains de performance. On a augmenté l'efficacité des individus, des collectifs, des entreprises, des organisations territoriales... Et, reconnaissons-le, cela a marché un temps. Mais nous sommes désormais entrés dans la performance contre-productive : plus on augmente la performance et plus nous détruisons la viabilité de notre habitat sur terre, plus nous sommes violents avec nos écosystèmes mais aussi, avec nos congénères ; et plus la nature menacée devient menaçante...

 

Bien sûr, on ne peut plus, décemment, poursuivre dans cette voie. Dans un monde fluctuant, le progrès, ce ne sont plus les gains de performance, c'est-à-dire le canal efficacité / efficience ; ce sont les gains de robustesse, c'est-à-dire la diversification, l'expérimentation, l'exploration en permanence, c'est l'entraide... Pour le biologiste, le monde qui vient est bien celui de la richesse des interactions : on quitte le monde de l'autoroute où l'on va très vite à destination, mais où on ne rencontre personne en chemin. A l'issue de son exposé, Olivier Hamant nous a ainsi invités à regarder, non pas le cœur du système, mais sa périphérie, les collectifs de citoyens, les territoires qui sont exposés à de fortes fluctuations et qui s'inscrivent déjà dans la robustesse. La bascule est en cours, elle est à ses yeux irréversible même si, entretemps, il y aura « beaucoup de conflits parce que les « ultraperformants » vont résister de toutes leurs forces ».

 

« Notre monde est malade » a conclu le scientifique. Mais « La robustesse, c'est une pulsion humaine profonde, qui permet de durer et de transmettre ». Gageons que l'intercommunalité, portée par ses valeurs d'entraide précisément, de coopération et d'expérimentation, saura apporter sa pierre à la construction d'un monde plus robuste, sous-tendant l'avènement d'un nouveau contrat social et environnemental.

 

 

Régis PETIT

Président de l'ADGCF

Vie de l'association

Assurabilité des collectivités : comment retrouver le goût du risque ? Retour sur le colloque du 31 janvier

L'actualité nous le rappelle encore chaque semaine : l'intensification des épisodes climatiques expose davantage les collectivités aux risques majeurs,

questionnant aujourd'hui leur assurabilité. Comment expliquer les "tensions" sur le marché assurantiel ? Quelles synergies État/collectivités trouver dans ce contexte de tension sur le marché assurantiel ? Quel arsenal juridique et financier mobiliser pour prévenir les risques ? Organisé par l'ADGCF et le SNDGCT, au siège du groupe La Poste, le colloque du 31 janvier dernier a réuni près de 90 dirigeants territoriaux, assureurs, avocats, pour tenter d'esquisser un nouveau modèle assurantiel pour les collectivités.

Pourquoi les collectivités ont-elles des difficultés à s'assurer ? L'interview de Pierre François, directeur de recherche au CNRS

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Commençons par préciser les termes de la discussion. Comment, d'abord, définir l'assurabilité ? 

Le terme n'a pas le même sens pour les assureurs ou pour les collectivités locales. Pour une collectivité locale, un bien est assurable si elles trouvent un assureur qui accepte de la couvrir à des conditions (de prix, de franchise et de plafond de remboursement notamment) qu'elle considèrera comme raisonnables. Aux yeux d'un assureur, l'assurabilité dépend d'un calcul : en s'appuyant sur des données qui retrace l'historique des sinistres, il apprécie la probabilité qu'un sinistre survienne, et il évalue le coût qui lui est attaché ; il en déduit un tarif qui lui permettra de faire face aux exigences de dédommagement qui lui seront adressées, et de dégager un profit. Si la prime qui résulte de ce calcul est trop élevé pour que l'offre rencontre une demande, alors le bien est inassurable. La suite à retrouver sur le site de l'ADGCF.

La charge mentale des dirigeants territoriaux : nouvel enjeu de QVCT ?

Comment définir la charge mentale, et la gérer au quotidien ? Quels outils pratiques mobiliser pour mieux gérer son temps et communiquer sur ses besoins ? Près d'une quarantaine de DG d'intercommunalités et de communes étaient réunis vendredi 7 février

dernier à l'hôtel de la communauté d'agglomération Beaune Côte et Sud, à l'invitation de l'ADGCF et du SNDGCT pour échanger autour d'ateliers animés par notre partenaire commun Randstad. 

Jeux de pouvoir, loyauté et transversalité : retour sur notre réunion régionale en AURA

Mercredi 19 février, la délégation régionale AURA a réuni une vingtaine de DGS et DGA à l'Hôtel du Département du Rhône pour une formation sur les transformations organisationnelles et les innovations

managériales dans la fonction publique territoriale, en partenariat avec ECODESIGNERS. Au programme : comprendre les jeux de pouvoir et les interfaces dans les collectivités, renforcer la loyauté et la transversalité entre équipes, et appliquer ces modèles au triptyque élus-agents-usagers. 

« Artisanes de la Transformation » : un ouvrage inspirant co-écrit par quatre femmes martiniquaises

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Dans Artisanes de la Transformation, quatre dirigeantes martiniquaises, dont Jacqueline Bruant, ancienne DGS de la Communauté

d'agglomération de l'Espace Sud Martinique et déléguée régionale Outre-mer, partagent leur expérience de transformation personnelle et professionnelle, après leur formation de coachs certifiées. En s'appuyant sur l'anthropologie et la sociologie des Antilles, elles analysent les dynamiques managériales locales, déconstruisent les croyances limitantes et proposent des outils concrets pour favoriser un leadership de transformation. L'ouvrage invite à sortir des rapports de force destructeurs, à repenser les organisations publiques sous l'angle de la coopération et de l'innovation, et à encourager les nouvelles générations à s'approprier des méthodes managériales plus alignées avec leurs valeurs. 

Agenda

mars

avril

Partenaires

Interview de Benjamin Frémaux, président d'Idex : les premiers résultats de l'Observatoire Transition énergétique dévoilés

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L'Observatoire de la transition énergétique des territoires, lancé par Idex et Ipsos, révèle une mobilisation unanime des collectivités : 100 % d'entre elles sont engagées dans un projet de transition énergétique. La rénovation des bâtiments (86 %) et l'essor des réseaux de chaleur (70 nouveaux réseaux/an) illustrent cette dynamique. Toutefois, 92 % des collectivités citent le manque de moyens financiers comme principal frein. Pour accélérer la décarbonation, Idex renforce son engagement avec 400 millions d'euros d'investissements en 2024, misant sur des solutions adaptées aux territoires, comme le photovoltaïque et les réseaux de chaleur, pour une transition énergétique durable.

Baromètre 2025 de l'Attractivité des Territoires : un état des lieux contrasté

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L'édition 2025 du Baromètre de l'Attractivité des Territoires, menée par Ancoris et la SCET, livre une analyse détaillée des dynamiques économiques locales. Basée sur plus de 8 000 entretiens avec des dirigeants d'entreprises et une enquête auprès de 174 collectivités, cette étude met en lumière un ralentissement des investissements (-5 % par rapport à 2023), avec une chute notable des projets industriels (-17 %). Malgré ces défis, 85 % des décideurs territoriaux restent optimistes quant au développement de leur territoire. La recherche d'un ancrage local devient une priorité pour 70 % des collectivités.

 

Pour découvrir ces résultats en détails, inscrirez-vous au webinaire du 11 mars prochain

Deux webinaires pour optimiser la fiscalité locale des intercommunalités

En mars, Ecofinance propose aux adhérents de l'ADGCF deux webinaires dédiés aux leviers fiscaux à disposition des collectivités : 

  • un premier sur la cotisation minimum de CFE, le jeudi 13 mars à 11h, pour décrypter les mécanismes de cette ressource et son impact sur les finances locales pour une gestion fiscale plus équitable : Inscription
  • un second sur la taxe sur les friches commerciales, le jeudi 27 mars à 11h, pour comprendre son cadre légal et ses stratégies d'application pour lutter contre la vacance commerciale : Inscription

Appel à projets pour la prévention des risques professionnels des agents techniques et d'entretien

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Le Fonds national de prévention (FNP) de la CNRACL lance un appel à projets destiné aux employeurs territoriaux et hospitaliers pour améliorer les conditions de travail des agents techniques et d'entretien. D'une durée de 36 mois, il offre un soutien financier et méthodologique pour structurer une démarche de prévention. Les employeurs retenus bénéficieront d'un accompagnement obligatoire par un prestataire, pris en charge par la CNRACL.

 

Candidatures à envoyer avant le 29 avril 2025 à : demarche-prevention@caissedesdepots.fr

Responsabilité financière des gestionnaires publics : pourquoi s'assurer

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Avec le nouveau régime de Responsabilité financière des gestionnaires publics (RGP), il n'est pas nécessaire de commettre une faute pour être mis en cause. Invité par Maître Eric Landot, Lionel Le Gall réagit sur l'évolution de ce régime après deux ans d'application et les possibilités de couverture assurantielle : indemnisation des risques financiers (faute de gestion, dépenses non autorisées, inexécution de décisions de justice...), protection juridique mobilisable dès les contrôles des Chambres régionales des comptes ou de la Cour des comptes, etc.

Retrouvez toute l'actualité de l'Association sur notre site internet www.adgcf.fr

La lettre d'information de l'ADGCF